Nous sommes au début des années 2000, Audace Machado comprend sa passion il fait un choix de suivre le métier de journaliste. La voie vers la réalisation de ses rêves était l’Université du Lac Tanganyika et décide. Ce choix l'a mené de l'Université du Lac Tanganyika (ULT) aux studios de la BBC à Londres, en passant par une interview avec une lauréate du prix Nobel. Son témoignage illustre comment l’ULT lui a servi de pont entre son engagement et ses réussites professionnelles.
Tout a commencé par une phrase lue dans un magazine oublié par un camarade de chambre, à l'Université du Burundi : « Méfions-nous de certaines facilités et de l'aide gouvernementale », disait le philosophe français André Glucksmann. Cette phrase est entrée en collision avec les convictions de son propre père, à une époque où il commençait à questionner l'idée de vivre d'une bourse mensuelle (3 000 FBu – à l’époque) plutôt que de gagner son propre argent. Il est question d’autonomie financière et de réaliser ses rêves.
À cette période marquée par la guerre et l’instabilité politique, il a fait son choix : il est parti de l'Université du Burundi pour intégrer l'Université du Lac Tanganyika, université privée réputée la plus exigeante du pays, dans la filière de ses rêves — la communication sociale. Et il a trouvé un travail de soir dans un club fréquenté par des VIP et des diplomates dans la capitale, pour payer ses études lui-même.
À l'ULT, l’honneur se gagnait, il ne se donnait pas
Étudier à l'ULT, c'était intégrer une université fondée par des professeurs burundais exigeants, et apprendre à survivre dans la compétition de la capitale. Ses parents l’avaient prévenu :« Désormais, c'est de ton honneur dont il est question. » Cette phrase est devenue son moteur, et l’Université du Lac Tanganyika a forgé son caractère. « Persévérance, esprit de compétition, gestion du risque et indépendance d’esprit : ce sont ces qualités, forgées à l'ULT, qui m’ont ouvert les portes de la Radio Isanganiro, la station la plus respectée de la région à l'époque. » a-t-il confié.
Dix ans plus tard, il interviewait André Glucksmann lui-même — celui dont la phrase avait tout déclenché. Il lui a présenté son ami Jean d'Ormesson, alors président de l'Académie française, qui lui a confié, en pleine interview : « Je m'étonne de ce que je suis devenu. »
Aisance apparente, autre réalité
Au moment où beaucoup pensaient que les journalistes d'Isanganiro étaient payés en dollars et vivaient dans l'aisance, Machado survivait parfois avec un simple beignet en guise de déjeuner. Son secret n'était pas l'argent, mais un rythme de vie strict — cours à temps plein le jour, boulots avant ou après l’auditoire.
Ce rythme l'a mené au Japon (Expo 2005). Tous les pays y avaient érigé des stands. Celui de l’Afrique du Sud l’a beaucoup marqué : en plus de différents articles, il parle d’une photo de Mandela, aux dimensions immenses. Des peuples du monde défilaient et se recueillaient, se faisant prendre en photo devant ce symbole vivant — alors. Il raconte avoir assisté à la formation d’un « brand » devenu universel, un homme presque déifié pour ce qu’il a fait pour son peuple.
Au Burkina Faso (FESPACO, 2009), c’était plutôt ce que l’on classera plus tard dans la catégorie du « soft power ». Et puis, les USA, l’« Opus Prize » à Seattle, en 2009. « J’ai vu des dignitaires de l’État de Washington, d’éminents intellectuels et des milliers d’étudiants louer des œuvres humanitaires de l’Uruguay, du Burundi et de l’Inde, en même temps », a-t-il renchéri.
De Wangari Maathai aux portes que peu peut franchir
Rien n'est plus valorisant, pour un jeune travailleur, que de voir s'ouvrir des portes que d'autres, plus puissants, n'arrivent pas à franchir. En 2011, peu avant sa mort, la lauréate du prix Nobel de la paix Wangari Maathai lui a accordé une interview. La ministre burundaise de l'Environnement de l'époque lui a avoué elle-même : « Plusieurs fois, j'ai essayé de rencontrer la prix Nobel, en vain. »
Audace Machado : La leçon d’une vie
L'expérience lui a appris une vérité simple : rien n'arrive par hasard, tout est connecté. Son nom était dans les ambassades les plus influentes du Burundi et des pays de la région.
2011 et 2012 : premier gagnant, deux années de suite, du prix média de la COMESA.
2013 : premier Burundais à recevoir « la bourse prestigieuse du gouvernement américain, Hubert Humphrey Fellowship, en trente ans », publiait l'ambassade des États-Unis. Exactement 10 ans après la bourse américaine, A. Machado a été invité à Washington, rencontrer et s’entretenir avec Madame Anne L. Howard-Tristini, nièce de l’ancien vice-président des USA, Hubert H. Humphrey, la marraine du programme. Les deux heures d’entrevue ont porté sur les perspectives relatives aux défis et aux opportunités de l’éducation et du développement dans la région des Grands Lacs.
2017 : premier « outsider » de la BBC dans la région de l'Afrique des Grands Lacs à être recruté au siège du média mondial à Londres en Angleterre.
Si la qualité d’enseignement de l’Université du Lac Tanganyika amène les étudiants à travailler dur, c’est ce travail qui mène les courageux à des réussites académiques et professionnelles, à une aisance matérielle et à l’utilité pour l’humanité. Parmi tant de témoignages de gens dont l’ULT a été un passage utile pour la réussite, Audace Machado se veut un autre miroir à travers lequel l’Université du Lac Tanganyika s’observe et découvre ce qu’elle représente pour l’Afrique et le monde.
« Oui, la chance existe. Oui, le piston peut mener loin. Mais rien n'est plus rassurant que de voler de ses propres ailes, porté par le travail et la rigueur. On ne doit rien à personne, et on est libre de se réinventer. » — Audace Machado.